Vatican II

L’état de la recherche sur le concile Vatican II

Mgr Brunero Gherardini, ancien professeur de théologie à l’Université pontificale du Latran, posait en 1999 dans son livre Concilio ecumenico Vaticano II. Un discorso da fare (Casa Mariana editrice, Frigento, 2009 ; traduction française : Vatican II, un débat à ouvrir, éd. Courrier de Rome, Versailles, 2010) la question suivante : « Vatican II est-il un « événement » dans le sens des professeurs de Bologne [l’équipe Alberigo, NdA], c’est-à-dire qui coupe les liens avec le passé et instaure une ère nouvelle sous tous les aspects ? Ou bien tout le passé revit-il en lui « eodem sensu eademque sententia » ? ». Il appelait à un renouvellement des études portant sur le concile Vatican II : « il me semble impératif, que chacun de ces aspects et contenus [du concile] soit étudié en soi et dans le contexte de tous les autres, en observant attentivement toutes les sources, et sous l’angle spécifique de la continuité avec le Magistère ecclésiastique précédent, qu’il soit solennel ou ordinaire. A partir d’un travail scientifique et critique aussi ample et irréprochable que possible, en lien avec le Magistère traditionnel de l’Église, il sera ensuite possible d’en tirer matière pour une évaluation sûre et objective de Vatican II ».

Pour nous, il nous semble avéré depuis de nombreuses années que la question posée par Mgr Gherardini appelle la réponse suivante : le concile Vatican II marque bien une rupture, sur plusieurs points très importants de la doctrine catholique, avec l’enseignement précédemment tenu par l’Eglise. Vous pouvez trouver sur le site Pro Fide Catholica  plusieurs études qui établissent la réalité de cette rupture; et nous en ajouterons d’autres dans l’avenir. En 1976, Mgr Marcel Lefebvre soulignait cette rupture lorsqu’il déclarait publiquement : « Nous sommes fondés à affirmer, par des arguments tant de critique interne que de critique externe, que l’esprit qui a dominé au Concile et en a inspiré tant de textes ambigus et équivoques et même franchement erronés n’est pas l’Esprit Saint, mais l’esprit du monde moderne, esprit libéral, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ » (Mgr M. Lefebvre, J’accuse le Concile ! Ed. Saint-Gabriel, Martigny (Suisse), 1976, 2e éd., pp. 9-11). Le prélat dénonçait aussi l’ambigüité, selon lui volontaire, de plusieurs textes conciliaires : « quand bien même il y aurait beaucoup de textes satisfaisants dans ce Concile. Car les bons textes ont servi pour faire accepter les textes équivoques, minés, piégés ». Cependant, l’archevêque poursuivant son discours s’appuyait immédiatement sur les « réformes post-conciliaires » comme effets trahissant le caractère néfaste du concile, considéré comme la cause :

« Toutes les réformes et orientations officielles de Rome sont demandées et imposées au nom du Concile. Or ces réformes et orientations sont toutes de tendance franchement protestantes et libérales ».

Il se félicitait de ce que l’étude critique du concile venait alors (nous sommes en 1976) de commencer. C’est l’époque où apparaissaient les premiers travaux critiques sur la liberté religieuse consacrée au concile par la déclaration Dignitatis humanae. Mgr Lefebvre concevait cette étude critique comme une « opération de démythisation »:

« Heureusement cette opération de démythisation commence et a bien commencé avec le travail de M. le professeur Salet dans le « Courrier de Rome » sur la déclaration de « La liberté religieuse ». Il en conclut que cette déclaration est hérétique ».

Il appelait alors de ses voeux le développement de l’analyse critique des textes du concile :

« Que de sujets à bien étudier et analyser par exemple :

– en ce qui concerne les rapports des évêques et du pape, dans la constitution de « l’Eglise », « des évêques », « des missions » ;

– le sacerdoce des prêtres et des fidèles dans les préliminaires de « Lumen gentium » ;

– les fins du mariage dans « Gaudium et spes » ;

– la liberté de la culture, de la conscience et le concept de la liberté dans « Gaudium et spes » ;

– l’œcuménisme et les relations avec les religions non chrétiennes, avec les athées, etc.

On y décèlerait rapidement un esprit non catholique. De ces recherches le lien se ferait naturellement avec les réformes issues du Concile ».

Il ressort de ce texte que l’analyse critique du concile Vatican II était alors, tout au moins de l’avis et à la connaissance du fondateur d’Ecône, à l’état embryonnaire. Nous étions en 1976, une décennie après la cloture du concile.

Les documents relatifs à la préparation et au déroulement du concile

Lefeuvre G. Les Actes du Concile du Vatican II (1er partie). In: Revue théologique de Louvain, 11ᵉ année, fasc. 2, 1980. pp. 186-200.